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Universalis Papas : Les drapeaux

Universalis Papas Polychromia 1988-1994 – Galerie Hélène de Roquefeuil 1995
145 Drapeaux « Grandeur et Misère des nations »
pommes de terre peintes clouées sur bois(52x36x8 cm).
Cet ensemble est disposé face à face sur 300 x 1600 x 8 cm

Art et Tubercules 

…Bien vite, Biagio Pancino se spécialise dans la pomme de terre qu’il cloue au support, après l’avoir peinte avec le Flash, fameuse couleur vinylique. C’est d’abord un travail intuitif qui ne prend sa réel­le dimension qu’avec le temps. En rien conceptuel, il est seulement guidé par l’action. Le discours qui, inévitablement, l’accompagne ne vient qu’après, un peu comme un mode d’emploi. Pancino crée alors un nouvel alphabet qui, assemblé, compose une mosaïque infinie.
Faut-il voir là une résurgence de la nature morte transgressée que guide l’inconscient permanent qui tient le fil de l’œuvre? Peut-être. A cela se mêle aussi une grande part de rêve, un peu cauche­mardesque, surgie d’une lointaine enfance passée obligatoirement à la contemplation solitaire de ver­gers de Vénétie: ce qui fait dire aujourd’hui à Pancino, dans une sorte d’élan très spontané – encore! – que c’est « la négation de l’ego », qu’il abandonne sa vie à celle des pommes de terre qui, comme lui, se flétrissent avec le temps, qui, comme lui, vivent le devenir de ce qu’elles doivent être inéluctable­ment. Car, à ce niveau, la seule intervention de l’artiste est l’application de la couleur, ainsi que la pause du tubercule, sa situation définie avec précision dans l’œuvre. Et ensuite, comme il le dit joli­ment, elle vit sa mort, car plus jamais il n’intervient, quoiqu’il arrive. Il laisse évoluer ce tubercule….

….Plus tard, Pancino conçoit une série de drapeaux nationaux: quelques cent vingt qui, dit-il, doivent être installés dans l’entrée de la Bibliothèque, afin qu’ainsi, l’internationalisme de l’entreprise soit évi dent pour tous. C’est cela qui, pour lui, introduit la grandiloquence de la mort, qui ouvre la porte à deux battants aux cageots emblématiques, porteurs de la mémoire de la ville morte et sublime de son enfance (Venise), dont il ne reste que le résiduel, dans lequel il se retrouve aujourd’hui, évoluant dans une création autre. Il ne veut pas être dupe de lui-même, il s’interroge et tente d’axer son discours autour de propositions qui passent par son ego.
Biagio Pancino pense que dans son œuvre les drapeaux sont ce qu’il y a de plus sérieux dans l’abou­tissement d’un travail intense. Il y a là une volonté d’instauration autre que la simple accumulation. Il définit un isolement pièce par pièce qui, ensemble, s’unissent dans un ordre donné par lui, donné par le symbole des couleurs nationales. Il n!y a donc plus de hasard dans cette dernière série. L’ordonnancement classique domine : ce sont des alignements de cageots, des boites-supports qui continuent à évoluer au sein d’une rigueur imposée, requise.

Patrick-Gilles PERSIN

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